Déviation du compas : contrôle et table
Une méthode concrète pour distinguer déclinaison et déviation, relever plusieurs caps, établir une table et savoir quand appeler un ajusteur qualifié.

En bref
Pour contrôler la déviation, placez le bateau dans sa configuration normale et éloignez les objets magnétiques mobiles. La méthode Batoo propose de comparer au moins huit caps stables à une référence indépendante, puis de noter l’écart signé et l’état des appareils. Bulles, mesures irrégulières ou fortes variations imposent un ajusteur qualifié ; ne déplacez pas les compensateurs au hasard.
Sommaire de l’article
Même entouré d’un GPS, d’un pilote et d’un traceur, le compas magnétique garde un avantage décisif : il indique le cap sans alimentation électrique. Cette simplicité ne garantit pourtant pas la justesse. Un contrôle sérieux sépare la déclinaison terrestre de la déviation créée par le bateau, relève cette dernière sur plusieurs caps et confie le réglage des compensateurs à un professionnel qualifié.
Ne pas confondre déclinaison et déviation
Le nord vrai est une référence géographique, tandis que le nord magnétique suit la composante horizontale du champ terrestre. La NOAA définit la déclinaison, également appelée variation, comme l’angle entre les deux et précise qu’elle évolue selon le lieu et le temps. Pour un relevé, il faut donc utiliser une carte à jour ou un calculateur géomagnétique reconnu, avec la position et la date correctes.
La déviation naît à bord. Les masses ferreuses et les équipements électriques ou magnétiques modifient localement le champ, et leur influence varie généralement lorsque le bateau change de cap. Une table utile comporte donc plusieurs caps répartis sur l’horizon ; une correction unique inscrite au crayon près de la barre masque cette dépendance.
Fixer la convention de signes avant l’essai évite les inversions. Une fiche claire sépare cap compas, déviation est/ouest, cap magnétique, déclinaison est/ouest et cap vrai. Selon la convention explicitée par la NOAA, la déclinaison orientale est positive et l’occidentale négative lorsqu’on passe du magnétique au vrai. Une autre présentation reste possible si elle est documentée et appliquée sans mélange.
Reproduire la configuration de navigation
Le bateau doit être préparé comme il navigue réellement. Ranger outils, matériel d’ancrage mobile, bouteilles et équipements de sécurité à leur place habituelle ; noter aussi les appareils normalement actifs à la barre. Vider artificiellement le cockpit donnerait une mesure propre mais peu représentative.
Examiner d’abord l’instrument. La ligne de foi doit paraître alignée avec l’axe du bateau, la rose doit être lisible depuis le poste de conduite et le dôme ne doit pas montrer de dommage évident. Les recommandations de Transport Canada ajoutent trois contrôles simples : absence de bulles dans un compas à liquide, éloignement des interférences électriques et nouvelle vérification après toute modification du navire.
Éloigner provisoirement téléphone, VHF portable, outils et objets libres en acier afin d’établir une base. Réintroduire ensuite, un par un, les objets indispensables. La Maritime and Coastguard Agency britannique avertit expressément que les appareils électriques portatifs et les objets en acier peuvent perturber le compas. Si le déplacement d’un objet modifie nettement la lecture, le déplacer durablement est plus rationnel que toucher aux aimants de compensation.
Comparer également les états électriques usuels. Relever la valeur avec l’électronique proche, les essuie-glaces ou la ventilation dans leur état normal, puis ne changer qu’un élément à la fois. Cette comparaison localise une association, pas nécessairement sa cause physique exacte. Une perturbation intermittente doit être supprimée ou expertisée, non compensée pour un seul état de l’interrupteur.
Effectuer une giration contrôlée
Choisir une zone dégagée, une bonne visibilité, peu de trafic et des conditions permettant de stabiliser cap et vitesse. La référence doit être indépendante du compas testé : un alignement cartographié observé exactement dans son axe convient, tout comme un système de cap distinct préalablement vérifié. La route fond du GPS ne doit pas être assimilée automatiquement au cap, car courant, dérive et virage peuvent séparer trajectoire et orientation de l’étrave.
Pour ce contrôle destiné au propriétaire, Batoo propose au moins huit directions régulièrement réparties. Tenir chaque cap le temps de stabiliser le bateau et l’affichage, puis noter immédiatement cap compas, référence, écart signé et configuration électrique. Ces huit points constituent un cadre éditorial de dépistage ; ils ne certifient pas qu’une compensation professionnelle a été réalisée.
Contrôler les caps réciproques et refaire plusieurs mesures en tournant dans l’autre sens. Deux valeurs sensiblement différentes pour le même cap signalent une méthode instable. État de mer, tenue de barre, repère inadéquat, objet mobile ou frottement interne peuvent être en cause : il faut corriger la condition et recommencer, plutôt que calculer une moyenne rassurante.
Conserver la feuille brute. La carte d’utilisation peut ne présenter que cap compas, déviation E/O, cap magnétique associé et date, mais les notes expliquent comment les chiffres ont été obtenus. Une interpolation entre caps mesurés n’est raisonnable que si l’évolution est régulière ; une rupture exige une investigation.
Interpréter sans dérégler
Un décalage presque identique sur tous les caps peut orienter vers un défaut d’alignement ou de référence, tandis qu’une erreur qui évolue avec le cap est compatible avec une déviation magnétique du bord. Il s’agit d’une analyse Batoo destinée au triage, pas d’une méthode suffisante pour déplacer des correcteurs. Les normes de performance de l’OMI prévoient plusieurs dispositifs pour compenser différentes composantes du magnétisme du navire : l’opération réclame donc savoir-faire et procédure.
La comparaison appareil allumé/appareil éteint est particulièrement utile. Si l’écart n’apparaît qu’avec un équipement, consigner son nom, le cap et l’amplitude observée, puis faire examiner son installation, sa distance de sécurité et son câblage. Compenser autour d’une source temporaire rendrait le compas meilleur dans une configuration et potentiellement plus faux dans l’autre.
La MCA indique qu’un compas réglementaire doit être correctement réglé et accompagné d’une table ou courbe des déviations résiduelles. Elle cite notamment la première installation, un fonctionnement devenu douteux, des travaux de structure ou une modification des équipements électriques ou magnétiques proches comme motifs de réglage ; elle recommande aussi une surveillance après immobilisation. Pour la plaisance, ce sont de bons déclencheurs de prudence, sans préjuger des règles du pavillon et de la zone fréquentée.
Reconnaître le moment d’appeler un spécialiste
Interrompre l’essai si le compas présente des bulles, se bloque, revient mal, oscille anormalement ou produit des écarts importants et irréguliers. Faire de même après un choc, des travaux métalliques, le déplacement des batteries, l’ajout d’un haut-parleur ou une reprise de câblage près de la barre. Transport Canada demande que les réglages soient réalisés par un ajusteur qualifié ; la MCA réserve pareillement l’ajustement réglementé aux professionnels certifiés dans son système.
Ne pas ouvrir la cuve et ne pas déplacer les compensateurs au hasard. Fournir au technicien l’ancienne table, les observations brutes, la liste des équipements actifs et l’historique des transformations. Ces informations sont bien plus exploitables que l’affirmation vague « le compas est faux ».
Après intervention, obtenir une table datée identifiant sans ambiguïté le compas concerné. La conserver au poste de conduite, expliquer la convention de signes à l’équipage et effectuer des comparaisons ponctuelles pendant la saison. Le bon résultat n’est pas la promesse d’une erreur nulle : c’est une déviation résiduelle stable, connue et applicable, accompagnée d’une méthode claire pour détecter son évolution.
Sources et références
Sources consultées et références conservées pour vérifier les données et le contexte.
- MGN 610 (M+F) Amendment 1: guidance on magnetic compassesUK Maritime and Coastguard Agency · 2025-02-13
- Resolution A.382(X): Magnetic compasses carriage and performance standardsInternational Maritime Organization · 1977-11-14
- Magnetic DeclinationNOAA National Centers for Environmental Information
- TP 10038 – Small Fishing Vessel Safety ManualTransport Canada · 2003-01-01
- Yacht compass photographWikimedia Commons · 2009-10-05


